La santé des soldats entre guerre et paix, 1830-1930

Expérimenter la santé des grands nombres : les hygiénistes militaires et l’armée française, 1850-1914

par Anne Rasmussen  Du même auteur

Résumé

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, sous le nom d’hygiène militaire, un ensemble de savoirs ont gagné le statut de « science » et leurs praticiens – médecins et hygiénistes – conquis un statut professionnel qui leur confère la charge de la préservation de la santé des troupes. Cet article s’attache à mettre en valeur la diversité des enjeux auxquels les hygiénistes militaires sont confrontés en France, au cours de cette séquence temporelle : enjeux médico-militaires, après le désastre sanitaire de la guerre de Crimée ; politiques, sous l’effet de la progressive universalisation de la conscription qui pose la question des droits et des devoirs réciproques de l’État et de la nation armée ; cognitifs, avec l’introduction des statistiques et de la théorie des germes pour comprendre les spécificités de la surmortalité militaire et de la morbidité infectieuse en temps de paix. Il montre que la nouvelle discipline constitue un front pionnier du mouvement hygiéniste, où le collectif militaire est théorisé comme un laboratoire pour la médecine des populations et les dispositifs sanitaires de lutte contre les maladies infectieuses.

Plan de l’article
  • Une science et des institutions pour la santé militaire
  • Le collectif militaire, laboratoire de l’hygiénisme
  • Modificateurs de santé et influence du milieu
  • Le champ d’expérience de l’hygiénisme militaire : la mesure de l’aptitude au service armé
  • Les épreuves de la surmortalité masculine
  • Attester l’expérience épidémique