Des conscrits aux guerriers : usages et mésusages du recrutement militaire, fin XIXe-XXe siècle

Les tirailleurs de la Corne de l’Afrique (1916-1966) : déconstruire le mythe du guerrier

par Laurent Jolly  Du même auteur

Résumé

Dans le domaine du recrutement des supplétifs coloniaux dans les armées européennes, la France se distingua des autres puissances par la mise en place d’une conscription souvent durement ressentie par les populations africaines, mais dont la représentation occulte les engagements volontaires dans certaines parties de l’Empire. Ces engagements librement consentis illustrent l’autonomie des acteurs sociaux et leur capacité à prendre des initiatives dans un contexte de domination coloniale. En Côte française des Somalis, aujourd’hui République de Djibouti, où la conscription ne fut pas instaurée, plus de 7 000 volontaires furent engagés dans les rangs de l’armée française avant l’indépendance acquise en 1977. Cet engouement apparent pour le métier des armes fut à l’origine de la construction d’un mythe, celui des « races guerrières », partagé par tous les recruteurs européens. L’analyse d’un panel de 1 311 livrets individuels d’hommes de troupe, complétée par une enquête de terrain, permet de révéler le poids des contraintes écologiques et sociales, la part des stimuli culturels et le rôle des représentations identitaires qui ont motivé le choix de servir sous l’uniforme colonial.

Plan de l’article
  • Migrations régionales et recrutements de l’armée française à Djibouti
  • Précaires de la ville coloniale et précarité du pastoralisme
  • Des prédispositions culturelles ’