Grenelle 1794 : secourir, indemniser et soigner les victimes d’une catastrophe industrielle à l’heure révolutionnaire

par Claire Barillé  Du même auteur

      Thomas Le Roux  Du même auteur

      Marie Thébaud-Sorger  Du même auteur

Résumé

Avec environ 1 600 victimes, l’explosion de la poudrerie de Paris le 31 août 1794, dans le quartier de Grenelle, est le plus grave accident industriel de l’histoire de France. Si l’événement n’a eu que très peu d’impact sur la législation des risques, la prise en charge des victimes révèle au contraire un rôle précurseur de l’État qui promeut le droit à compensation. Après des secours d’urgence rapidement et généreusement distribués, les administrations révolutionnaires prennent le temps de constituer les dossiers de pension viagère, quitte à se montrer sévères dans ses attributions et à faire face à de nombreux recours dus notamment à la longueur du processus. Par l’affirmation d’un régime de droits, le traitement des conséquences de l’explosion est un jalon au titre des politiques de secours et de compensation des travailleurs accidentés ou des veuves, et l’expérience constitue une ébauche de l’État protecteur. Par son caractère administratif public ainsi que par le nombre des ouvriers employés à la poudrerie, le suivi prend un caractère différent de ce qui avait cours dans les travaux publics ou dans les mines, où les accidentés du travail étaient jusqu’alors indemnisés selon la libéralité du pourvoyeur de travail ou par des mutualités locales. Localisé et ponctuel, à l’aube de l’industrialisation, l’événement annonce les tensions sur les compromis de la société industrielle du XIXe siècle.

Plan de l’article
  • Répondre à la catastrophe : les secours d’urgence
  • Connaître une usine à risque pour identifier les pétitionnaires
  • Soutenir : un droit mais aussi une assistance