De la fabrique des libres-penseurs à l’administration des dévouements : Force Ouvrière et la mise en cursus de la formation syndicale (1948-1971)

par Paula Cristofalo  Du même auteur

      Karel Yon  Du même auteur

Résumé

Cet article interroge la signification pratique du passage de « l’éducation ouvrière » à la « formation des militants » au sein de la CGT-Force Ouvrière. Nous commençons par évoquer la relance avortée d’un dispositif éducatif organisé sur un mode décentralisé et coopératif. Nous abordons ensuite les injonctions externes à la mise sur pied d’un dispositif de transmission centralisé et sélectif. Nous entendons ainsi mettre l’accent sur le lien entre changements de forme et de fond : la substitution du Centre de Formation de Militants Syndicalistes au Centre d’Éducation Ouvrière donne naissance à un « dispositif d’administration du sens syndical » qui déconnecte éducation et politique, apprentissage du syndicalisme et développement d’une pensée stratégique. Si la syndicalisation de la formation est étroitement liée aux encouragements de la puissance publique, elle dépend également d’un passage de relais dans les équipes chargées de cette activité. Dans la période étudiée, on voit ainsi se développer l’encadrement administratif des activités éducatives et se succéder trois profils différents d’éducateurs : des intellectuels issus du monde de l’enseignement, des intellectuels issus du monde des entreprises et des militants sans lien direct avec le monde intellectuel.

Plan de l’article

  • La relance avortée de l’éducation ouvrière
  • Une philosophie de l’émancipation
  • Un domaine d’activités marginal et fragile
  • La multiplication des injonctions à la formation et le basculement des années 1950
  • Développement d’une fonction technique et promotion de la productivité
  • Une nouvelle division du travail intellectuel et syndical
  • Vers l’administration du sens syndical
  • Des « investissements intellectuels » à la protection du patrimoine idéologique
  • Conclusion