Shaikha Saida, une femme d’honneur au Yémen

par Maggy Grabundzija  Du même auteur

Résumé

Cet article présente l’analyse des actes de conciliation accomplis par une femme yéménite, Shaikha Saida. Son exemple offre un aperçu d’une pratique de résolution de conflits pour laquelle la littérature anthropologique, dans le contexte tribal yéménite, est silencieuse. Les anthropologues, s’intéressant exclusivement au « jugement », ont occulté les « conciliations » qui pourtant occupent une place centrale dans le règlement de nombreux litiges quotidiens. Par ailleurs, juger étant une fonction attribuée à une catégorie spécifique d’hommes d’honneur, l’exemple de Shaikha Saida suppose de repenser le concept d’honneur et donc de reconsidérer l’exclusion presque immanente des femmes de la sphère juridique. Nous montrerons qu’une femme peut s’approprier les qualités de l’honneur et juger, même si Shaikha Saida arbitre au nom de sa « respectabilité », au fondement des valeurs sociales, plus peut-être que l’honneur. Enfin, l’exemple d’une conciliatrice affichant une forte visibilité en toute légitimité dans les espaces publics permettra de redéfinir l’occupation sexuée des espaces privés et publics ainsi que leurs limites.

Plan de l’article
  • Shaikha Saida, une conciliatrice (ṣulḥ)8
  • La première conciliation
  • Entre l’honneur et la respectabilité
  • La respectabilité, redéfinition des rapports de sexes