Beyrouth-Damas, 1928 : voile et dévoilement

par Leyla Dakhli  Du même auteur

Résumé

Cet article cherche à comprendre comment, à la fin des années 1920, à la suite de deux décennies de militantisme tourné vers l’émancipation nationale auquel les femmes étaient largement associées, la « question féminine » s’est polarisée en Syrie et au Liban autour de la tenue vestimentaire et particulièrement du hijâb (voile islamique), faisant surgir des oppositions nouvelles entre musulmanes et non-musulmanes, citadines et rurales. L’analyse de ce moment d’invention d’une tradition islamique s’intéresse particulièrement à l’ouvrage d’une jeune théologienne musulmane, Nazîra Zayn al-Dîn, Al-sufûr wa-l-hijâb (Voile et dévoilement), et à sa réception. Réponse à la volonté politique d’imposer le port du hijâb dans les villes, il rencontre un grand succès de librairie en 1928. Par son contenu et la manière dont il est porté par une femme de 20 ans, il engage un débat théorique sur la spiritualité féminine et sur sa visibilité sociale.
C’est parce qu’elle transforme la cause nationale en question sociale que Nazîra, héritière d’une tradition féministe jeune encore, trace une voie nouvelle dans la défense de la cause féminine : celle d’une action pour les droits des femmes qui n’est ni alternative, ni subordonnée à la défense de la nation, mais un instrument politique efficace pour affirmer les objectifs du nationalisme.

Plan de l’article
  • Être féministe au Liban et en Syrie en 1928
  • Un féminisme national : « al-umm hiyya al-umma »15
  • Les enjeux de « l’affaire Nazîra »
  • Un traité comme un pavé dans la mare
  • Le voile, affaire religieuse ou question sociale ? Nazîra au cœur de la polémique
  • Conclusion : la naissance du « féminisme islamique » ?