L’ouvrier en personne, une irruption dans le cinéma documentaire (1961-1974)

par Nicolas Hatzfeld  Du même auteur

      Gwenaële Rot  Du même auteur

      Alain Michel  Du même auteur

Résumé

Au cours des années 1960, considérées comme l’apogée de l’ouvriérisation de la société française, les représentations cinématographiques des ouvriers connaissent des ruptures significatives. Le changement ne vient pas des œuvres de fiction qui négligent généralement ce thème mais du film documentaire. Des cinéastes s’emploient à mettre au point une technique à base de caméra légère et de son synchrone, et mènent une réflexion sur la production d’un son, et particulièrement d’une parole, saisi directement dans les scènes filmées. Cette combinaison met en cause la tradition du documentaire, encombrée de matériels lourds et de coûts élevés, dépendante des financements institutionnels. Tandis que jusque-là les ouvriers faisaient office de figurants dans des films vantant la performance industrielle, le nouveau cinéma documentaire fait surgir des personnes à la fois banales et singulières. Leur parole en direct, prise ici dans les usines automobiles encore chargées d’une aura positive, provoque un puissant effet de vérité et fait perdre leur lustre aux Trente glorieuses. Après 1968, un nouveau courant, parmi les cinéastes, les critiques et les spectateurs de ce genre de films tend à faire de ces personnages des figures politiques et à attribuer à leur parole une fonction contestataire.

Plan de l’article
  • Une usine, deux représentations
  • En partage, une filiation du film documentaire
  • Cinéma direct et ethnographie, de nouvelles combinaisons
  • Des rencontres renouvelées avec l’usine
  • Deux films dans la radicalisation des années 68