La commission d’enquête soviétique sur les crimes de guerre nazis : entre reconquête du territoire, écriture du récit de la guerre et usages justiciers

par Nathalie Moine  Du même auteur

Résumé

La commission soviétique est à la fois bien connue par les rapports qu’elle a publiés et méconnue dans l’ampleur du travail accompli sur le terrain. L’article présente les circonstances dans lesquelles elle a été créée, en discutant les modèles utilisés par les responsables soviétiques, puisés dans les expériences russe ou occidentale de la Première Guerre mondiale. Il montre ensuite comment le travail de collecte de l’information s’inscrit dans un mouvement plus général, mêlant initiatives locales et interventions d’autres institutions. La commission centrale, en se démultipliant en commissions locales, permet de réaffirmer la légitimité des acteurs du pouvoir soviétique, alors en phase de reconquête du territoire. Dans le même temps, le matériau accumulé offre une vision beaucoup plus complexe de la période d’occupation que ne le reflètent les communiqués publiés qui contribuèrent, tout au long des décennies suivantes, au récit officiel de la guerre. Enfin, l’article montre les usages de cette information au cours des procès d’après-guerre, encore mal connus, menés par les autorités soviétiques à l’encontre des criminels de guerre, soldats ennemis ou collaborateurs.