La construction historique de la femme employée de bureau au Japon

par Konno Minako  Du même auteur

Résumé

Se fondant sur le cas des femmes employées de bureau, cet article étudie comment le lieu de travail japonais s’est construit et métamorphosé sur la base d’une différenciation sexuelle, de l’ère Meiji jusqu’à aujourd’hui. La nature sexuée du lieu de travail japonais est souvent considérée comme originale comparée aux autres pays industrialisés. Bien qu’elle soit souvent vue comme le résidu d’une « discrimination traditionnelle vis-à-vis des femmes », une étude historique plus attentive révèle que la différenciation sexuelle fut en fait une construction historico-sociale en constante évolution. Les catégories « homme » et « femme » étaient, dans le monde du travail de bureau précédant la Seconde Guerre mondiale, vagues, ambivalentes et fragmentées. C’est la période de la guerre qui leur donna clairement forme en déterminant les fonctions et rangs des hommes sur la base d’un principe commun : le mari subvenant seul aux besoins de sa famille. Ainsi, à la fin de période de la haute croissance, les catégories « homme » et « femme » étaient devenues porteuses de sens totalement différents. La réorganisation radicale des entreprises japonaises en cours actuellement semble cependant affaiblir le modèle de l’homme subvenant seul aux besoins de sa famille, rendant les identités sexuelles au travail à nouveau plus fluides. L’objectif de notre article est de montrer que la construction historique de la division sexuelle du travail fut partie prenante d’un véritable processus de modernisation, c’est-à-dire d’une réponse de l’État à la question sociale posée par l’industrialisation, cette réponse devant être compatible avec une certaine idéologie politique et sociale et des objectifs de développement économique. Après la guerre, ce qui fut qualifié, par le Parti Libéral Démocrate au pouvoir, de « société de bien-être à la japonaise » (nihonteki fukushi shakai) reprenait, dans un cadre politique plus démocratique, un certain nombre de principes de solidarité sociale fondés sur la norme de la femme au foyer déjà définis dans le cadre du projet « corporatiste » conçu avant 1945.