« A xikomo xa lomu, iku tira ».

Citadines africaines à Lourenço Marques (Mozambique), 1945-1975

par Jeanne-Marie Penvenne  Du même auteur

Résumé

En sciences sociales, les modèles de l’urbanisation et des migrations de travail pour l’Afrique australe coloniale partent de l’idée que les hommes ainsi que la politique coloniale tout autant que les normes sociales locales décourageaient vivement les femmes de migrer et de vivre dans les « villes de l’homme blanc ». Cependant le nombre de femmes mozambicaines légalement enregistrées dans et aux environs de Lourenço Marques (l’actuelle Maputo) augmenta rapidement dans les dernières décennies de la période coloniale (1945-1975). Les femmes qui voyaient leur accès aux formes habituelles de la production et des ressources compromis à la campagne étaient de plus en plus conscientes des possibilités que leur donnait l’industrie en croissance de la noix de cajou, localisée à Lourenço Marques. Comme ouvrières, elles pouvaient subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants. Des femmes qui ne pouvaient pas produire dans les champs avec leur houe pouvaient ainsi faire face à leurs besoins par le travail en usine. Elles disaient : « a xikomo xa lomu, iku tira – la houe en ville, c’est un emploi ». Cet article confirme l’existence de l’hostilité et des stéréotypes auxquels étaient confrontées les femmes à la recherche d’un emploi en ville. Il se concentre toutefois sur la façon dont les femmes mozambicaines comprenaient ou donnaient un sens à leurs expériences de la migration et de la vie en ville. Contrastant avec les discours coloniaux et masculins qui véhiculaient une image de la femme urbaine débauchée, qui n’est pas à sa place en ville, invisible, ceux des femmes reconnaissent leur caractère incongru tout en adaptant leur langage et leurs anciens idéaux de la vie rurale à leur nouvelle situation urbaine. Les femmes devenaient fières de leurs innovations et de leur capacité de vivre avec la « houe de la ville ».