Les marches en France aux XIXe et XXe siècles : récurrence et métamorphose d’une démonstration collective

par Michel Pigenet  Du même auteur

      Danielle Tartakowsky  Du même auteur

Résumé

Charles Tilly situe sous la Seconde République le moment d’une « modernisation » majeure, en France, du « répertoire de l’action collective » dont le changement affecterait moins les types de contestation que les groupes protestataires et leurs attentes. Une analyse des marches déployées au XIXe siècle invite à affiner le propos et à mieux cerner la relation établie entre les formes de l’action collective et le processus de politisation des milieux populaires, compris comme modalité historique de leur accession à la sphère publique. Entre les années 1880 et le tournant du siècle s’affirme un nouvel usage de la rue qui, longtemps, peine à trouver son nom. « Défilés », « cortèges » ou « démonstrations » sont utilisés durablement de préférence à « manifestation » qui ne l’emporte qu’après la Seconde Guerre mondiale. Le terme de « marche » disparaît dès le processus amorcé. L’analyse du fait, poursuivie sur le XXe siècle, permet de comprendre pourquoi cette forme d’action est néanmoins susceptible de resurgir par intermittence, en particulier dans les années 1930 et à la fin du XXe siècle, pourquoi, aussi, le répertoire de la protestation collective française, longtemps spécifique à plus d’un titre, présente aujourd’hui, de plus fortes similitudes avec celui des autres pays d’Europe. Ce qu’atteste, entre autres, la réémergence des marches.