La Marche Blanche de Belgique (octobre 1996) : un mouvement de masse spectaculaire, mais éphémère

par Marc Hooghe  Du même auteur

      Gita Deneckere  Du même auteur

Résumé

L’article présente une analyse des origines et des éléments déterminants de la mobilisation spectaculaire de l’été 1996, ainsi qu’un bilan provisoire des retombés de la Marche Blanche sur le fonctionnement du système politique belge. La Marche Blanche fut exceptionnelle et unique. Elle doit cette position unique non seulement à son origine – l’affaire Dutroux, qui se situait essentiellement au-delà de la politique – mais encore à certaines caractéristiques qui tiennent spécifiquement à la culture politique belge. Largement médiatisée, l’affaire Dutroux déboucha sur une vague de protestation inédite. L’énergie de la révolte fut canalisée dans une Marche Blanche de grande dignité dotée d’une signification politique marquée alors même que son organisation, émanation d’une coalition de groupuscules locaux et récents, fut mise sur pied en 13 jours. La Marche n’a pas manqué de faire impression sur l’élite politique du pays. A partir de ce constat, l’article montre comment les détenteurs du pouvoir firent des concessions dès qu’ils sentirent que l’ordre public était menacé. Pourtant, un an à peine après sa naissance, le rôle politique du « mouvement blanc » était terminé. Ainsi la signification politique de la Marche Blanche apparaît-elle fortement liée à son époque. Si l’ambiance prérévolutionnaire que le « mouvement blanc » réussit momentanément à créer lui assura un indéniable impact politique, elle ne donna pas davantage le jour à des organisations durables qu’à une nouvelle sociabilité ou à de nouvelles identités.