Retours sur les Rendez-Vous de l’Histoire 2014 de Blois

Les Rendez de l’histoire, manifestation annuelle organisée à Blois, ont mis à l’honneur le thème des rebelles en 2014.

La revue a choisi de mettre en avant la place des rébellions ouvrières, qui ont toujours constitué, avec l’histoire sociale du travail, un de ses sujets de prédilection. Dans une deuxième table ronde, elle a illustré son intérêt pour l’analyse historique des conflits contemporains en se penchant sur les racines historiques des formes de contestation dans la Russie contemporaine. Ces deux préoccupations se retrouvent d’ailleurs dans l’article récent de Joël Beinin sur le rôle des ouvriers dans les printemps arabes de 2011.


Retrouver ces deux événements :

    - Le reportage consacré à la table ronde sur les rébellions ouvrières par le 1er Magazine de la Web TV du Festival :

Magazine n°1 des Rendez-vous de l'histoire 2014 par cafesregion

Les rébellions ouvrières

Ce que l’on appelait autrefois la question sociale est réapparu, après un long purgatoire, comme un enjeu crucial des sociétés mondialisées. « Métamorphosée » – selon la belle formule de Robert Castel –, elle ressurgit sous des formes nouvelles, parfois difficilement lisibles. Dans les vieux pays industrialisés, cinéastes, artistes, romanciers, s’attachent à représenter un monde salarial en recomposition accélérée, à donner à voir sa fragmentation, à rendre visibles les « invisibles » et les formes nouvelles de domination ou de souffrance au travail. Si la conflictualité mesurée en journées « perdues » pour cause de grève est historiquement basse en France par exemple, on constate la prégnance de formes de résistance larvée, parfois d’explosions violentes face aux menaces de destruction des emplois. À l’autre bout du monde, dans les usines des pays émergents, éclatent des révoltes ouvrières qui ne sont pas sans évoquer, dans un contexte différent, les conflits qui ont accompagné la naissance des sociétés industrielles européennes.

En proposant une table ronde sur les « rébellions ouvrières » dans le cadre des 17e Rendez-vous de l’Histoire de Blois, Le Mouvement social ne se contente pas de rendre hommage aux pionnières et aux pionniers de l’histoire « ouvrière et sociale » qui ont fondé la revue il y a plus d’un demi-siècle. Ce retour aux sources s’inscrit dans le contexte de la réaffirmation d’une histoire des mondes du travail renouvelée, dont témoigne la création récente d’associations de spécialistes dans divers pays, dont la France, et d’un réseau européen. De ce renouvellement, notre revue a pris toute sa part, comme en témoigne en particulier le numéro spécial « Travail et mondialisations » (2012), dirigé par Marcel van der Linden. La thématique des rébellions ouvrières, si elle renvoie à des préoccupations anciennes, répond donc à une actualité historiographique, sociale et politique.

La table ronde pointera quatre moments « rebelles », de l’aube des sociétés industrielles à leur crépuscule. François Jarrige se demandera quelles sortes de rebelles étaient, au début du XIXe siècle, ces briseurs et briseuses de machines, en Angleterre et ailleurs. Jean-Louis Robert s’interrogera sur un autre moment de bascule, celui de la Grande Guerre : que signifie être « rebelle » pour des militants ouvriers dont le conflit fait voler en éclats tous les cadres de référence ? Gerd-Rainer Horn examinera la place, réelle et symbolique, longtemps minorée, du monde ouvrier dans la grande vague rebelle qui balaya l’espace atlantique des années 68. Ingrid Hayes évoquera le cas de Radio Lorraine Cœur d’Acier (1979-1980), qui fut l’arme, le vecteur et le miroir de la rébellion, à la fois sociale et culturelle, des sidérurgistes lorrains face au processus de désindustrialisation qui s’amorçait. Ces interventions, qui devraient se répondre les unes aux autres, témoigneront du renouveau des approches, en particulier dans la prise en compte de la dimension culturelle des rébellions, de la question du genre, du rapport au travail, des jeux d’échelles et du caractère transnational des phénomènes étudiés.

Université (amphi 3) : vendredi 10 octobre de 11h30 à 13h

 

Comprendre les formes de rébellion dans la Russie de 2014

 

La seconde table ronde, coordonnée par Nathalie Moine et organisée en partenariat avec les Cahiers du monde russe retrace le parcours historique des formes les plus visibles de la protestation dans la Russie contemporaine : la mobilisation des mineurs du Donbass (Jean-Paul Depretto), les combats écologistes (Laurent Coumel), les artistes non-conformistes (Nathalie Moine) ou la visibilité sociale de l’homosexualité (Benjamin Guichard).

L’objectif de la table ronde est de comprendre les racines historiques de la protestation dans la Russie contemporaine en revenant sur le temps long, de la fin de l’empire russe à l’époque soviétique et postsoviétique. En prenant pour point de départ des aspects essentiels des manifestations, succès et apories de la contestation contemporaine, on tentera d’en esquisser la généalogie et d’en montrer aussi les spécificités dans le contexte russe post-soviétique, alors même qu’elles font écho à des formes analogues dans nos sociétés occidentales.

La législation antihomosexuelle et l’isolement de la communauté LGTB, les lourdes condamnations à l’endroit d’auteurs de happenings contestataires, les bras de fer entre l’administration et les militants écologiques, mais aussi les problèmes complexes d’identités nationales et régionales ainsi que la faiblesse, voire l’inexistence de la mobilisation de masse après les grands mouvements de la perestroïka seront ainsi au cœur de ce travail d’historicisation, qui tentera en revanche de mettre en valeur des formes originales d’identifications et d’organisations protestataires.

Nous avons privilégié des formes de rébellion contre l’ordre établi qui interrogent la possibilité, mais aussi la volonté de la part des acteurs eux-mêmes, de les exprimer dans un espace public accessible à tous. Par là même, nous reviendrons donc aussi sur la diversité et la segmentation des espaces de communication dans la culture soviétique et post-soviétique.

 

Campus de la CCI (amphi rouge), le vendredi 10 octobre de 14h à 15h30